Un projet né d’une volonté d’État
Le port vraquier de Bargny-Sendou est un projet initié par l’État du Sénégal, inscrit dans le Plan Sénégal Émergent (PSE). Sa conception, sa construction et sa gestion ont été confiées à Senegal Minergy Port (SMP), une société sénégalaise dont le capital est partagé entre investisseurs sénégalais, américains et indiens. En 2015, SMP signe avec le gouvernement un accord de concession de 30 ans. Les travaux démarrent en 2018, et depuis, le littoral de Bargny-Sendou ne ressemble plus tout à fait à ce qu’il était.
Une jetée de 1 485 mètres en mer
L’élément le plus saisissant du chantier est la jetée qui s’avance en pleine mer sur 1 485 mètres. Réalisée entre 2019 et 2020 par les entreprises NGE Contracting et LEDUC TP, elle est composée de 792 dalles de béton pesant chacune 45 tonnes, posées en mer dans des délais serrés. Une prouesse technique qui donne la mesure de l’ambition du projet.
Le reste de l’infrastructure est à la même échelle : un quai de 650 mètres avec un tirant d’eau de 18 mètres, permettant d’accueillir des navires de plus de 170 000 tonnes métriques — des gabarits que le Port autonome de Dakar ne peut accueillir. Sur la terre ferme, la zone industrielle prend progressivement forme avec ses hangars, ses bâtiments administratifs, ses routes internes et sa centrale solaire.
480 hectares, minerais, phosphates, céréales, hydrocarbures
Sur un site de 480 hectares, le port s’organise autour de plusieurs zones fonctionnelles. La plus vaste, dédiée aux activités industrielles, aligne une centaine de parcelles de deux hectares chacune, destinées aux céréales, aux minerais et aux oléagineux. Une large route de 10,8 mètres marque la frontière avec la zone minière, séparant les flux entre produits miniers et marchandises agricoles pour fluidifier les opérations.
Chaque filière dispose d’équipements dédiés : silos climatisés pour la conservation des céréales, systèmes de convoyeurs haute capacité pour les minerais — avec une cadence annoncée de 1 200 tonnes à l’heure —, installations sécurisées aux normes internationales pour les hydrocarbures. Une logistique multimodale est également prévue pour connecter le port aux réseaux de transport intérieurs et faciliter la distribution à l’échelle nationale et régionale.
Selon les objectifs annoncés par SMP, le site viserait 15 millions de tonnes de marchandises traitées dès sa première année d’exploitation, avant d’atteindre 20 millions de tonnes par an en régime de croisière, ce qui pourrait en faire l’un des principaux ports vraquiers d’Afrique de l’Ouest.
Désengorger Dakar, repositionner le Sénégal
Le Port autonome de Dakar fait face depuis plusieurs années à une pression croissante — aujourd’hui, 90 % du commerce extérieur sénégalais transite par lui. Bargny-Sendou est précisément pensé pour absorber une partie de ces flux. La différence sera concrète pour les opérateurs : là où un navire peut passer une semaine à se décharger à Dakar, les installations de Bargny-Sendou permettraient de ramener ce délai à deux ou trois jours. Cinq navires ont déjà été accueillis sur le site pour des tests, confirmant la fonctionnalité des infrastructures malgré un chantier encore inachevé.
Ce que ça change pour Bargny et Sendou
Pour les communes riveraines, l’arrivée d’une infrastructure de cette envergure représente une transformation durable et profonde. Ce bout de côte atlantique, longtemps resté à l’écart des grands projets industriels, est en train de devenir l’un des chantiers économiques les plus importants du Sénégal d’aujourd’hui. Le projet porte avec lui d’importantes attentes en matière d’emplois et de développement local.
Les travaux de finalisation se poursuivent, avec une ouverture envisagée aux alentours de fin 2026.
Ce littoral entre Dakar et la Petite Côte continue, lui, de se transformer — phase après phase.

